Il ne parlait pas du regret de ne pas avoir encore fait toutes les expériences qui devraient entrer dans sa vie pour qu'elle formât un tout. Si la conscience de l'inachèvement actuel de sa propre vie était déjà en soi un malheur, chacun devrait nécessairement être constamment malheureux. La conscience que l'avenir restait ouvert était au contraire une condition pour que la vie fût vivante et non déjà morte. Ce doit donc être quelque chose d'autre qui constitue le malheur : savoir que même dans l'avenir il ne sera plus possible de faire ces expériences qui complètent et parachèvent."

Pascal Mercier, Train de nuit pour Lisbonne (2004)